Message à la Nation du Général Sékouba KONATE, Ministre de la Défense

Guinéennes, Guinéens,
Mes chers compatriotes,
Je rentre du Maroc après un séjour plus long que prévu qui permet aujourd’hui de relancer et redynamiser le processus de transition initié le 23 décembre 2008. Malgré les difficultés de parcours et quelques doutes qui persistent encore, nous sommes nombreux à croire que nous pouvons apprendre de nos erreurs pour relancer la machine. C’est dans ce cadre que ma visite à Rabat se situe. Je me suis rendu auprès du Capitaine Moussa Dadis Camara pour lui exprimer en tant que collaborateur et fière d’armes, mes vœux de prompt rétablissement après la tentative manquée d’assassinat dont il a été victime le 3 décembre 2009.
Par la grâce de Dieu et nos ferventes prières, sa vie n’est pas en danger. Mais il faut du temps, de la patience et un suivi médical pendant un certain temps pour qu’il se rétablisse totalement. C’est le lieu et l’occasion de remercier sa majesté le roi Mohamed VI qui l’a reçu à bras ouverts dans la pure tradition d’hospitalité et de solidarité marocaine et africaine. Nous exprimons aussi notre sentiment de reconnaissance à l’endroit des présidents Sénégalais Me Abdoulaye Wade et Burkinabé, Blaise Compaoré qui, les premiers, ont apporté une précieuse assistance dans l’évacuation de notre cher frère d’armes.
Mes chers compatriotes,
Ma visite à Rabat a été aussi et surtout l’occasion de m’entretenir avec le capitaine Moussa Dadis Camara dans la confiance et la franchise, et sans tabou, des attentes et espoirs que nous souhaitons tous de voir combler, suite au discours que j’ai livré à la nation à la faveur du premier anniversaire de l’avènement du CNDD au pouvoir. Le plus urgent de tout dans ces moments critiques de notre histoire, c’est de réconcilier le pays avec lui-même en reconnaissant et plus encore réparant les multiples torts causés, c’est de rétablir la confiance entre gouvernants et gouvernés par le respect, la confiance et la reconnaissance mutuels, c’est également de rompre l’isolement de notre pays sur la scène internationale par un retour rapide à la démocratie et aux valeurs républicaines. Mes chers compatriotes, notre Etat pour être respectable et fréquentable a l’obligation morale et le devoir sacré d’assurer la sécurité pour tous, la paix pour chacun. Ainsi serons-nous heureux et libres sur la terre de nos ancêtres de même que fiers d’être guinéen.
Mes chers compatriotes,
vous vous doutez bien que le renouveau et la rupture que nous appelons tous de tous nos vœux, pour lesquels chacun d’entre nous reste mobilisé, déterminé et vigilant ne peut se faire que par le biais d’un nouveau contrat moral, politique et social librement consenti par chacun et tous au nom de l’intérêt supérieur de notre nation. L’adhésion totale et véritable de toutes les composantes politiques et sociales ainsi que celle de tous nos partenaires à un nouveau processus de transition équitable et transparent est souhaitable: Cela pour éviter les erreurs et errements du passé et définitivement tourner la page. Sur la base de l’ouverture totale indispensable à rassembler tous les talents, toutes les expériences, toutes les compétences au service de notre pays qui en a tant besoin, il nous faut poser dès maintenant des actes allant dans le sens de l’apaisement, de l’unité de tous les guinéens, de la refondation de notre Etat et de notre système politique. Pour ce faire et conformément aux accords de Ouaga, nous décidons à partir de l’instant du :
Choix d’un premier ministre issu de l’opposition, désignée par elle-même qui engagera avec l’ensemble des couches sociales et politiques du pays des discussions et consultations pour la mise en place d’un gouvernement de transition d’union nationale.
Mes chers compatriotes,
Le temps et les modalités pour y arriver, la composition de cette nouvelle équipe basée sur l’unité dans la diversité incombe désormais à toutes les parties concernées que j’invite à tout faire pour ne pas imposer au pays une attente longue et interminable. Le pays ne peut continuer à attendre et souffrir davantage, les guinéens sont impatients et désormais plus exigeants, la communauté internationale nous presse de hâter le pas et attend de notre part des progrès significatifs ici et maintenant. Il nous faut, par ailleurs, lever l’hypothèque sur notre présent et notre avenir en libérant les énergies et intelligences créatrices, toutes les bonnes volontés à un moment où le pays est dans l’impasse et l’incertitude totale: une administration bloquée, un Etat qui n’existe plus que de nom, une économie en faillite…. Il nous faut, chers concitoyens, frères et compagnons d’armes faire renaître l’espoir et la confiance et amener chaque guinéen à croire en lui-même, en ses dirigeants et son pays.
Mes chers compatriotes
Les acteurs politiques, tous les compatriotes qui, pour des raisons de sécurité ou parce qu’ils sont menacés dans leur liberté, ou encore parce qu’ils sont frustrés dans leurs droits ont choisi de vivre à l’étranger sont invités à rentrer au bercail pour apporter leur contribution dans la construction d’une Guinée nouvelle, démocratique et prospère dont les bases, à compter de ce jour historique, sont jetées. Par ma voix, le CNDD et le gouvernement s’engagent solennellement et fermement à garantir la sécurité de chacun et tous, l’intégrité physique et morale de chaque citoyenne, citoyen et de toute personne vivant sur le sol guinéen. Il est prévu, en particulier, pour les leaders de l’opposition des unités mixtes de sécurité directement rattachées au ministre d’Etat chargé de la sécurité présidentielle pour leur protection partout où ils seront ou se rendront sur le territoire guinéen pendant toute la durée de la transition.
Mes chers compatriotes,
La Guinée c’est l’affaire des guinéens d’abord, notre destin sera celui que nous voulons qu’il soit, c’est maintenant que se joue notre avenir personnel et celui de notre nation. Cet avenir se pose en ces termes : que voulons-nous, où allons-nous, qui doit nous diriger? C’est au peuple souverain de guinée d’en décider le moment venu à l’occasion des élections que nous attendons et espérons fortement et qui se dérouleront à la date fixée par la nouvelle autorité de transition. Jusqu’ici, notre histoire s’est déroulée autour des hommes et de leurs destins singuliers, celle que nous devons écrire à partir d’aujourd’hui doit partir de nous et aboutir à nous: dans ce grand dessein, un destin est possible pour chacun et tous. C’est ma conviction personnelle et profonde. L’Etat, le pays ce n’est pas moi, c’est chacun de nous responsable à part entière de notre destinée commune. C’est ma démarche. Si vous la partagez, nous la défendrons ensemble jusqu’au bout dans l’unité et la cohésion. Je ne crois pas au destin individuel. C’est pourquoi je n’hésiterai pas un seul instant à me retirer dès lors que j’aurai eu le sentiment de prêcher dans le désert ou d’aller à l’encontre du sens de l’histoire et de la volonté populaire.
Vive la République
Vive la Guinée
Vive la Démocratie
Vive les Forces Armées Nationales
Source : guinee.gov.gn/discours_konate2.php